João Jacinto

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La peinture comme doux reflet de la nature

 

 

« Les derniers tableaux de João Jacinto consacrent une véritable libération de la couleur. Au point qu’il n’est pas toujours possible de voir si celle-ci est organiquement naturelle ou synthétique. Elle mène en fait une vie propre et impitoyable. Elle est devenue un existant propre, aux côtés ou dans la nature. Libérée de ses fonctionnalités et de ses obligations, elle ne fait partie ni du monde extérieur, ni du monde intérieur.

 

Elle n’inspire aucune théorie, ne suscite aucune émotion. Elle ne connaît ni la beauté, ni la laideur. Est-elle condition de la peinture ou, au contraire, l’a-t-elle détrônée ? Dans sa vitalité, elle est presque agressive. Elle est, à elle seule, le véhicule de la matière et de l’énergie.

 

La couleur se joue d’elle-même, sans scrupule. Sans aucune illusion, elle se rapproche d’une existence bactérienne, végétale ou toute autre forme de vie organique. Ses métamorphoses se déploient dans l’espace, fuient en droite ligne, forment des couches, se contractent, prolifèrent, fondent. La couleur irradie et s’évanouit, se donne naissance à elle-même, vieillit et meurt.

 

Bien qu’autocentrée, la couleur chez Jacinto n’élude pas l’observation. Elle n’est ni autiste, ni élitiste. Ces peintures sont issues du besoin de communiquer qu’éprouve l’artiste : elles demandent à être vue. Ces créatures de couleurs s’émancipent de leur créateur. Elles ne présentent aucun style singulier ou caractéristique, ni aucune affectation psychographique. Elles sont néanmoins gorgées de la sensualité de l’artiste, de sa philosophie et, plus que tout, de sa poésie. Si elles amplifient leur propre idiosyncrasie, elles n’en ont pas moins adopté les dons de Jacinto – dans leur mode de communication, elles en sont même les légataires. Dans sa méditation « Perversion, sensualité et évocation : le nouveau sens du décoratif », João Lima Pinharanda désigne, entre autres, l’alchimie présente dans l’œuvre de Jacinto. Cette lecture est très certainement vouée à être approfondie : son utilisation absolue de la couleur pouvant être vue comme la quête de la pierre philosophale – la légendaire pierre de la sagesse - comme métaphore d’une recherche d’une spiritualité plus profonde, plus pure.

 

Mais l’œuvre de Jacinto refuse toute interprétation ésotérique. L’alchimie ou, mieux encore : l’art hermétique se fonde sur des théories issues de la philosophie de la nature. Il puise ses racines dans une compréhension dynamique de la nature. Hermès, le messager des dieux – qui a donné son nom à l’hermétisme – est considéré comme le symbole mythologique originel de la transformation technologique et artistique de tout étant naturel. Hermès n’apparaît pas seulement comme un médiateur d’informations ou l’artiste ingénieur dont on dit qu’il est, lui qui a inventé le nombre, le calcul, la mesure – et surtout la mesure du temps, de la musique, de l’astronomie, de la médecine et de l’écriture. Tout comme son prédécesseur égyptien, le vieux dieu Thot, Hermès incarne l’inépuisable richesse des arts et des inventions qui jouent avec les matières et les formes.

 

L’alchimie a pour objet, précisément, d’acter le changement des formes, soit, à l’origine de procéder à un changement de l’esprit. Un bon alchimiste perpétue l’œuvre de la nature, il se voue à être un accoucheur sensible et non un dominateur technocrate.

 

L’hermétisme peut être compris comme une discipline philosophique traditionnelle, dont l’objet est de comprendre autrement l’art, la technologie et la nature. Il attribue à la nature matérielle un potentiel artistique et technique, un pouvoir autonome de changement structurel. Il considère l’artiste et le technicien comme un alchimiste, faisant partie fonctionnellement intégrante de la nature. « L’art, comme toute technologie, est la nature, et vice versa. »

 

Si vous voyez en Jacinto l’artiste et l’alchimiste, vous pourrez voir dans la radicale autonomie de sa couleur la métaphore d’une réflexion alternative et bienveillante sur la nature. Son art ouvre sur une vision philosophique du monde. Tout comme Hermès lie les dieux et les humains par ses mots et ses nombres, Jacinto utilise la couleur pour réunir la matière et l’esprit. Enfin, le Dieu grec avait inventé la musique pour donner de la transcendance à la terre. Jacinto parvient lui à toucher les sens par la poésie de sa peinture libre. »

 

                                                                               

 

Extrait du texte d’Hans Günter Golinski, Directeur du Musée d'art contemporain de Bochum, (Allemagne)